LA BALADE DE LINDA

 

(…) Elle est belle. Adjectif qui dit beaucoup de choses, et peu de choses à la fois. Mais belle, vous savez, comme belles sont ces beautés intemporelles, qui demeurent toujours ainsi, quoiqu’elles fassent, quelque soient les péripéties, les insolences du temps. Elle n’est pas très grande, mais elle possède un pas déterminé. Déterminé comme sont ses actes, elle n’est pas de celles qui aiment s’étendre en mille mots, non, mais plutôt en actes. Oui, c’est cela, en actes. Pourtant les mots, elle les aime, elle a beaucoup travaillé avec eux, ce sont presque toute sa vie. Mais elle n’est pas et n’a jamais été à une contradiction près !
Elle est arrivée avec une robe rouge, légère, ce soir-là dans ce café célèbre des nuits narbonnaises, à l’âme toute particulière.
Elle en avait entendu du bien, de ce café et elle avait donc décidé de venir jeter un œil. Ce qui l’intéressait, ce n’était pas tous ces qu’en dira t-on, mais plutôt de découvrir l’âme du lieu, « el alma linda » qu’on lui avait évoqué avec fierté, noblesse et passion ; on lui avait parlé d’une atmosphère spéciale, envoûtante, emplie de chaleur, d’universalité et d’un l’on ne sait quoi de « loca ». Elle portait ce soir-là un petit gilet noir, réminiscence sans doute de ses origines espagnoles catalanes bien ancrées, histoire aussi d’ajouter un peu de tragique, peut-être, à la légèreté toute apparente du tissu de sa robe.
C’était une nuit de novembre, mais elle titillait les papilles, dévergondait les âmes, stimulait les ardeurs, car c’était plutôt de ces nuits de novembre qui rappellent étrangement juillet. La touchante Léa ce soir-là, chantait ; on aurait dit que Montmartre était descendu dans cette petite ville du sud, où la chaleur semblait étouffante malgré les ironies du calendrier, et où les cœurs se retrouvaient avec fougue dans un sentiment mélangé d’amour, d’abandon, d’espoir et de désillusions ; bref les sentiments qui relient les êtres humains entre eux, sans aucun tabou, sans aucune façade, sans aucun appel. Quelques larmes ont coulé sans doute ce soir-là, mais il était impossible de voir si elles avaient abordé les contours des yeux cernés de noirs de la belle Linda. Car c’est là son doux nom, Linda.
Un nom bien espagnol, qui traduit bien la beauté, la chaleur de la dame. Mais aussi tout le mystère qui peut bien se cacher derrière… Linda était restée quelques temps à écouter les chansons de Léa, elle semblait en avoir été touchée, mais ne s’est pas étendue sur le sujet. Fière, déterminée et déjà dans la conquête d’un temps peut-être perdu, mais surtout d’un temps où beaucoup de choses paraissaient pouvoir être gagnées, elle s’est élancée dans les présentations d’usage, puis des présentations plus ciblées.
C’est ce soir-là qu’elle a rencontré l’écrivain public, mais ce n’est que plus tard qu’elle l’a vraiment rencontré, car ce soir-là, c’était davantage cette facette d’écrivain à la recherche d’une comédienne qui l’avait interpelée. Elle est donc revenue, après bien des aventures, bien des balades, exactement sept mois plus tard, avec la même robe rouge, mais sans le gilet noir cette fois, pour se livrer, livrer ce qu’elle avait gardé trop longtemps peut-être sur son cœur. Elle a ouvert le flot des paroles dans ce même café, où les cœurs s’expriment sans retenue souvent avec passion, avec une sincérité presque déconcertante. Elle a ouvert cette vanne aux paroles, tantôt avec véhémence, tantôt avec désespoir, tantôt avec pudeur, mais toujours avec une quête, une soif d’authenticité, une envie de transmettre, un besoin de laisser quelque chose. De donner. Car Linda est-elle quelqu’un d’autre qu’une femme de don ?…

Extrait de « La Balade de Linda ».
D’autres informations à suivre tout bientôt…
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